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Maison de la Philosophie

Le Banquet

Conférence de  Brigitte Boudon

 

C’est parmi les dialogues de Platon, le plus séduisant, le plus connu, le plus fascinant, mais aussi le plus déroutant.  Ecrit vers 385, à peu près comme le Ménon, la République.

 

Est-ce vraiment un dialogue ?

 

C’est plutôt un récit, où se succèdent des scènes qui semblent relever de la pure littérature : la mise en train d’un banquet, puis une série de discours sur l’amour, prononcés par des hommes qui ne sont pas philosophes, puis une partie où parle Socrate et où l’on s’élève à une sorte de mysticisme de l’amour, et enfin, une scène haute en couleurs où Alcibiade arrive, ivre, et se met à louer Socrate, à coup d’anecdotes, de comparaisons, d’aveux personnels.

 

Cela fait un ensemble merveilleux de vie. Et pourtant l’intention philosophique est profonde, savamment insérée dans les différentes scènes. En fait, c’est une œuvre où le mouvement intérieur de la pensée platonicienne s’inscrit avec une grande rigueur.

 

Ce mouvement consiste à toujours s’élever plus haut, depuis le monde physique jusqu’aux idées, aux essences, et à la contemplation du Bien. C’est ce même mouvement qui, dans la République, arrache l’homme aux ombres de la caverne, et le conduit, ébloui, jusqu’à la clarté directe du soleil et du bien.

 

Le Banquet est un éloge de l’Amour et de la philosophie autour du personnage central de Socrate, disciple d’Eros et philosophe exemplaire.

 

Ces discours sur l’Amour sont censés avoir été tenus au banquet donné par le poète Agathon, lorsqu’il remporta le prix au concours de tragédie, avec son premier ouvrage, Ceci situe très précisément ce banquet en 416 avant J.C.

 

Un ami d’Apollodore, disciple de Socrate, le prie de raconter ce qui s’était dit à ce banquet. Lui-même n’ait pas pris part directement au banquet, lequel s’était déroulé quelque 16 années plus tôt. Mais il en avait eu des échos….

 

Socrate se rend donc à l’invitation du poète Agathon, rencontre Aristodème et l’engage à l’accompagner. Aristodème se laisse emmener. Mais, pendant le trajet, Socrate s’arrête, absorbé dans une méditation profonde, et le laisse entrer seul chez Agathon. C’est en vain que les convives appellent Socrate : il ne viendra que lorsqu’il aura trouvé ce qu’il cherche.

 

Il arrive en effet au milieu du souper et prend place à la droite d’Agathon. Le repas fini, Pausanias et Aristophane, qui ont déjà fêté la veille le triomphe d’Agathon, déclarent qu’ils veulent boire avec modération. Profitant de ces dispositions, le médecin Eryximaque, partisan de la tempérance, propose de renvoyer la joueuse de flûte et de rendre hommage à Eros, dieu de l’Amour, par des discours.

 

C’est ainsi que vont s’enchaîner les discours, très différents sur l’amour.

 

Le discours de Phèdre

 

Phèdre est l’inspirateur du thème du Banquet, comme dans le dialogue qui porte son nom. C’est un vieil ami de Socrate, le plus âgé de l’ensemble des convives. Comme dans le Phèdre, il est plein d’enthousiasme pour les choses de l’esprit.

 

L’Amour, dit-il, est le plus ancien des dieux ; car on ne lui connaît ni père, ni mère. C’est aussi le dieu qui fait le plus de bien aux hommes. Il inspire le courage et le dévouement.

« Je conclus, dit Phèdre, que de tous les dieux, l’Amour est le plus ancien, le plus auguste et le plus capable de rendre l’homme vertueux et heureux durant sa vie et après sa mort. »

 

Le discours de Pausanias


Homme cultivé, distingué, quelque peu imbu de lui-même…. Il commence par critiquer le discours de Phèdre. Phèdre, dit-il, a parlé comme s’il n’y avait qu’un seul Amour ; mais, comme il y a deux Aphrodite, une céleste et une terrestre, il y a aussi deux Eros, dont il faut distinguer les fonctions.

 

Texte page 43-44 (Edition Garnier-Flammarion)

 

Le discours d’Eryximaque


Un hoquet malencontreux empêchant Aristophane de parler, Eryximaque prend sa place.

Fils d’un médecin célèbre, lui-même médecin, il est passionné pour son art, fier de sa science, volontiers doctoral.

Il va donner une définition large de l’Amour : il étend son empire non seulement sur l’âme de l’homme, mais sur toute la nature animée et inanimée.

L’amour devient l’union et l’harmonie des contraires.

Par exemple, la musique est la science de l’amour relativement à l’harmonie et au rythme. Car l’amour, à partir du grave et de l’aigu, produit l’harmonie.

Il va donner de multiples exemples où s’exerce l’amour : médecine, gymnastique, agriculture, astronomie, religion etc.

 

Ainsi la puissance de l’amour est universelle. Quand il s’applique au bien et qu’il est réglé par la justice et la tempérance, il nous procure une félicité parfaite, en nous faisant vivre en paix les uns avec les autres, et en nous conciliant la bienveillance des dieux.

 

Le discours d’Aristophane

 

Ensuite, parle Aristophane dont le hoquet a cessé.

Aristophane est un grand poète comique. Auteur de plus de 40 pièces, seule une dizaine nous est parvenue : les Nuées, les Banqueteurs, les Thesmophories, …

Dans les Nuées, il ridiculise Socrate, comme étant suspendu dans un panier entre ciel et terre…

 

L’Amour, dit-il, est le protecteur et le médecin des hommes. Il les guérit des maux qui les empêchent d’être heureux. Pour juger de ses bienfaits, il faut connaître ce qu’était jadis la nature humaine.

 

Texte page 53 - 56

 

 

Texte très célèbre qui, sous une apparente bouffonnerie, nous donne un enseignement profond. L’amour, dont le moteur est le manque, permet de rétablir l’unité primitive perdue. Chaque cherche sa moitié, son âme sœur….

 

D’un point de vue métaphysique : unité --- dualité --- retour possible à l’unité par l’Amour.

 

Le discours d’Agathon

 

C’est le poète qui reçoit et préside au Banquet ; c’est un jeune talent qui vient de se révéler dans le domaine de la tragédie. Il est beau, a un style un peu précieux, efféminé et il est le point de mire de l’assistance.

Il critique la méthode de ceux qui ont parlé avant lui. Ils ont, dit-il, moins loué le dieu qu’ils n’ont félicité les hommes d’avoir un tel bienfaiteur. La vraie manière de le louer, c’est d’expliquer d’abord ce qu’il est, puis ce qu’il fait pour les hommes. Il est le plus heureux des dieux, puisqu’il est le plus beau et le meilleur. Il communique aux hommes les dons qu’il possède lui-même, la beauté et la bonté.

 

Idéal grec de l’homme kaloskagathos : beau et bon à la fois.

Kalos : beau

Agathos : bon, être de valeur, accompli.

 

Le discours de Socrate


Socrate parle le dernier. Après avoir remercié Agathon avec une certaine ironie, il marque aussitôt la différence entre sa méthode et celle des précédents orateurs. Ils ont fait l’éloge d’Eros en citant toutes ses perfections, sans se demander si elles étaient vraies ou fausses. Lui, ne sait pas faire ainsi. Il fondera donc son discours sur une définition exacte. Pour cela, il engage la discussion avec Agathon, mais très vite, pour ne pas confondre Agathon, il cède la parole à une femme, Diotime, prêtresse de Mantinée, savante en tout ce qui touche à l’Amour. C’est elle qui l’a éclairé sur la vraie nature de l’Amour.

 

Sur Diotime, nous avons deux témoignages : l’un de Proclus qui la cite parmi des pythagoriciens, un autre la présentant comme une prêtresse de Zeus.

 

Le long discours de Diotime est le cœur du Banquet.

 

. Eros est un être intermédiaire entre les dieux et les hommes, chargé d’assurer les rapports entre eux.

Eros n’est ni beau, ni bon, ni laid, ni mauvais, mais il tient le milieu entre l’un et l’autre. Il n’est pas un dieu, puisqu’il manque du beau et du bon qui sont l’apanage des dieux, mais il n’est pas non plus mortel.

 

. Eros est fils de Poros, la Ressource et de Pénia, la Pauvreté.

 

Texte page 71 – 72

. L’Amour est l’amour du beau et du bon ; car le beau et le bon sont choses inséparables. L’amour consiste à désirer que le beau et le bon nous appartiennent toujours. Le désir du beau et du bon ne va donc pas sans le désir de l’immortalité.

C’est pourquoi l’amour est la génération dans la beauté, soit par le corps, soit par l’âme. La génération assure à l’homme l’immortalité.

 

Texte page 75-76

C’est ce désir de l’immortalité qui explique la passion sexuelle et l’amour de leurs petits qui est si frappant chez tous les animaux, puisque le seul moyen d’être immortel, dans ce monde sujet au changement, est la génération qui substitue un individu jeune à un vieux et assure ainsi aux hommes la perpétuité.

C’est le désir d’immortalité qui gouverne les actions des hommes. Ceux qui sont féconds selon le corps aiment les femmes, car ils croient se procurer l’immortalité en ayant des enfants ; ceux qui sont féconds selon l’esprit cherchent une belle âme pour y enfanter des vertus qui doivent vivre à jamais, et le lien de ces âmes est plus fort que celui des liens charnels.

 

Texte page 78-79

 

Nous sommes arrivés ici au premier degré de l’amour.

. Le thème de l’ascension de l’amour

 

Texte page 80-82

. La conclusion de Socrate : page 82

 

 

Le discours d’Alcibiade


Aristophane allait répliquer à Socrate quand on entendit un grand fracas à la porte. C’était Alcibiade, accompagné d’une bande de buveurs, qui demandait à entrer pour couronner Agathon. On le prie, comme les autres convives, de prononcer un éloge de l’Amour. Alcibiade répond qu’en présence de Socrate, il n’oserait louer personne, ni dieu, ni homme.

 

Il fera si l’on veut l’éloge de Socrate. On le prie de le faire.

C’est la dernière partie du Banquet, qui est une apologie de Socrate, en même temps que celle d’Eros et de la philosophie (amour de la sagesse).

 

Qui est Alcibiade ?

C’est l’homme politique le plus controversé d’Athènes, le plus adulé, le plus haï.

Celui que les Athéniens ont eu la mauvaise idée d’écouter quand il les a lancés dans l’aventureuse expédition contre la Sicile qui coûta la destruction complète de la flotte athénienne ; celui qui prit le parti de Sparte, puis des Perses, contre Athènes…. Un homme brillant, talentueux, ami et admirateur de Socrate…

 

Pourquoi Platon a-t-il choisi Alcibiade pour faire l’éloge de Socrate ?

En fait Alcibiade est un disciple de Socrate qui n’a pas su profiter de son amour pour Socrate. Socrate l’avait mis en garde contre les séductions et le vertige de la politique. Mais Alcibiade ne l’a pas écouté.

Il reconnaît que Socrate est la seule personne devant laquelle il se sente honteux, le seul qui lui a fait pressentir la voie de la vérité.

 

Alcibiade rend un hommage vibrant à Socrate, qui nous dévoile certains traits de Socrate : son courage à la guerre, ses méditations contemplatives dans la solitude, sa résistance exceptionnelle.

 

Texte page 91-92


Socrate sera le seul à rester éveillé à la fin du Banquet, et part au petit matin pour sa journée.

 

 

Texte page 96

Le Banquet est un éloge de l’Amour, celui de la philosophie, celui de Socrate se confondent.

L’amour se mue en philosophie, la philosophie est amour. Socrate stimule cette aspiration au Bien dont il montre l’accomplissement. Alcibiade décrit concrètement l’effet produit par Socrate. Incompris, mis à mort, il reste pour toujours le disciple d’Eros, qui invite à philosopher.

 

 

Brigitte Boudon

 

 

Note :

Les pages des textes cités correspondent à l’édition Garnier-Flammarion