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Maison de la Philosophie

Le Timée

Conférence  par Philippe Guitton

Dans sa grande fresque de l'Ecole d'Athènes, Raphaël a figuré Platon tenant à la main le texte du Timée. Une longue tradition qui remonte aux disciples immédiats de Platon veut que le Timée soit son œuvre capitale.

 

Aristote, qui le cite souvent, y voit une des expressions les plus caractéristiques de la pensée platonicienne. Beaucoup de stoïciens l'ont étudié, Epicure également pour le réfuter.

 

A leur tour, les philosophes alexandrins ont voué à ce dialogue un culte particulier. Plutarque en a composé un commentaire. Les savants chrétiens, arabes ou juifs s'attachent avec une même ardeur à ce texte que l'on vénère presque à l'égal des livres canoniques. Les auteurs médiévaux, qui ont connu le Timée dans sa version latine, composée au 6ème siècle l'invoquent constamment. Une de nos écoles les plus originales du Moyen Age, l'Ecole de Chartres, s'applique à concilier les indications du Timée sur la naissance de l'univers avec les textes de la Genèse relatifs à la création.

 

Jusqu'au 17ème siècle, Le Timée a exercé sur la pensée occidentale une influence ininterrompue. La Renaissance va commenter et discuter le Timée avec une prédilection spéciale. Philosophes, mathématiciens, astronomes essaient de pénétrer le sens caché des fameux passages sur l'Ame du monde.

 

Cette fortune, presque sans équivalent dans l'histoire des œuvres philosophiques du passé, le Timée ne la doit pas, comme d'autres dialogues de Platon, à la beauté de sa forme. Pas d'élément dramatique, un long exposé aride, parfois un peu scolaire, obscur et mystérieux.

Expression d'une sagesse mystérieuse, celle des Pythagoriciens …

Mais surtout seul ouvrage de Platon qui ait l'aspect d'une encyclopédie, d'une somme de connaissances humaines incroyables sur l'univers, et surtout sur la constitution de l'homme.

Texte étrange d'une grande densité.

Dialogue de vieillesse, postérieur à la République et antérieur aux Lois.

 

 

Outre une introduction dialoguée, le Timée comprend trois parties bien distinctes :

• un récit sur l'Atlantide

• la formation du monde

• la formation du corps et de l'âme de l'homme

 

Socrate s'était entretenu la veille avec trois de ses invités, Timée, Critias, Hermocrate ; l'entretien avait porté sur la politique : Socrate leur avait exposé qu'elle était, d'après  lui, la constitution la plus parfaite. Socrate se demande ensuite si l'Etat qu'il a décrit correspond à quelque chose de réel. Il appartient d'in décider à ses 3 interlocuteurs, qui sont à la fois des philosophes et des politiques rompus aux affaires.


Ainsi, le lendemain, ses invités de la veille lui rendent l'invitation et chacun répond à Socrate sur un sujet de son choix, en relation avec le thème politique proposé par Socrate.

 

Le discours de Critias sur l'Atlantide

La constitution que tu proposes, dit-il à Socrate, a existé autrefois à Athènes. Je le tiens de mon ancêtre, ami de Solon. Solon, à son retour d'Egypte, lui raconta qu'un vieux prêtre égyptien lui avait appris que, neuf mille ans auparavant, Athènes avait eu les plus belles institutions politiques.

En ce temps-là, Athènes produisait des hommes héroïques qui défendirent l'Europe et l'Asie contre les rois de l'Atlantide, grande île qui émergeait au-delà des colonnes d'Héraklès. Ces rois entreprirent de soumettre à leur domination tous les peuples riverains de la Méditerranée. Ils furent battus par les seuls Athéniens, et leur défaite fut suivie d'un cataclysme qui engloutit subitement leur île, et avec elle l'armée des Athéniens.

 

Lecture  texte pages 405-406 et 407-408 (Editions Garnier-Flammarion)

Critias se dit prêt à compléter son récit, mais son exposition est remise à plus tard.

C'est donc dans le Critias que Critias reprend en les complétant les informations données dans le Timée. Ouvrage malheureusement inachevé.

 

 

Le discours de Timée : la formation de l'univers ou la cosmologie de Platon


Timée, le plus savant d'entre eux en astronomie, va exposer la formation de l'univers, puis celle de l'homme.

Evidemment, le discours de Timée déborde largement le sujet proposé par Socrate. C'est que Platon tient à montrer la place que l'homme tient dans l'univers et ce qu'est l'univers lui-même ; car l'homme est un univers en réduction, un microcosme assujetti aux mêmes lois que le macrocosme.  Et donc Platon en profite pour donner une explication générale du monde.

 

La base du système que Timée va exposer et la théorie des Idées.

Il faut d'abord, dit Timée, se poser cette double question :

 

En quoi consiste ce qui existe toujours, sans avoir eu de naissance ?

En quoi consiste ce qui devient toujours et n'est jamais ?

Citation page 410

 

Double plan : celui du Même (ce qui est) et de l'Autre (ce qui devient).

 

Le démiurge, l'auteur de l'univers, est bon et sans désir, et souhaite que toutes choses soient autant que possible semblables à lui-même, c'est-à-dire bonnes/

Il fait passer le monde du désordre chaotique à l'ordre.

Pour cela, il met l'intelligence dans l'âme et l'âme dans le corps. Il fait du monde un animal (animé, doué de vie) doué d'une âme et d'une intelligence.

 

Pour former l'univers, le démiurge prend d'abord du feu et de la terre. Ces éléments préexistent à l'action du démiurge (notion de chaos et non de création ex nihilo).

 

Pour les unir, il prend deux moyens termes formant une proportion avec ces deux éléments. Ces deux éléments intermédiaires sont l'air et l'eau.

De sorte que ce que le feu est à l'air, l'air l'est à l'eau, et l'eau l'est à la terre.

Avant la formation du monde, tous les éléments étaient secoués au hasard. Le démiurge commence par leur donner une configuration distincte au moyen des nombres.

 

Chacun des quatre éléments est entré tout entier dans la composition du monde ; le démiurge l'a composé de tout le feu, de tout l'air, de toute l'eau et de toute la terre, pour qu'il fut un, qu'il ne reste rien d'où aurait pu naître quelque chose de semblable ou qui aurait pu l'attaquer de l'extérieur. Il a ordonné les éléments.

 

Il donne au monde une forme sphérique, qui est la plus parfaite de toutes ; il en arrondit et polit la surface extérieure, parce que le monde n'avait besoin ni d'yeux, puisqu'il ne restait rien de visible en dehors de lui, ni d'oreilles, puisqu'il n'y avait plus rien à entendre, ni d'aucun organe, puisque rien n'en sortait ni n'y entrait de nulle part.

 

Il lui donna un mouvement approprié à son corps, un mouvement de rotation sur lui-même, sans changer de place. Il lui interdit les 6 autres mouvements (haut-bas, gauche-droite, avant-arrière).

 

 

Les corps composés de triangles

 

Les éléments sont composés de triangles infiniment petits.

Ces triangles sont scalènes, isocèles ou équilatéraux.

 

triangles scalènes : les 3 côtés sont différents, les 3 angles sont différents

triangles isocèles : 2 côtés identiques, 2 angles identiques

triangles équilatéraux : 3 côtés identiques, 3 angles identiques

 

 

Les corps composés sont constitués par des combinaisons de triangles qui donnent des triangles plus grands, des carrés ou des pentagones.

 

En se combinant, les scalènes engendrent

le tétraèdre ( 4 faces triangulaires),

l'octaèdre (8 faces triangulaires),

l'icosaèdre (20 faces triangulaires).

Les triangles isocèles forment le cube.

 

Dessin des 5 polyèdres réguliers ou solides platoniciens. En fait connus des pythagoriciens.

Chaque solide est associé à un Elément.

 

A la Renaissance, Kepler (1571-1630) reprendra ces cinq solides platoniciens, en les associant aux planètes.

 

 

La formation de l'âme du monde

L'Ame du monde est le principe des mouvements ordonnés de l'univers. C'est la cause générale de la vie, et la vie se manifeste toujours par des mouvements régulièrement ordonnés vers une certaine fin.

Citation page 414-415

 

Au centre de l'univers, le démiurge mit une âme, qui s'étend partout et enveloppe même le corps de l'univers.

 

Pour former l'Ame du monde, l'anima mundi, il prit la substance indivisible, qui est toujours la même, et la substance divisible qui devient toujours, et, en les combinant, il en fit une troisième substance, intermédiaire donc, qui participe à la fois de la nature du Même et de celle de l'Autre.

L'Ame est donc d'une nature composée de Même et d'Autre. C'est un parfait mélange. Elle est médiatrice.

 

Il place cette Ame entre les deux premières substances et les combina toutes en une forme unique, qu'il divise en sept parties. Ces parties sont entre elles comme les termes de deux progressions géométriques, l'une de raison 2 (1,2,4,8) et la seconde de raison 3 (1,3,9,27).

A l'aide de ces deux progressions, le Démiurge forme une progression unique, 1,2,3,4,9,8,27.

 

Puis, il remplit les intervalles subsistant entre les termes. Pour définir les intervalles, Platon va faire appel à des notions empruntées à la musique et non plus à l'arithmétique. Différences entre des sons : octave, quinte, quarte ….. Les intervalles qui séparent ces nombres sont remplis par d'autres nombres jusqu'à ce qu'on arrive à une série composée de notes musicales aux intervalles d'un ton ou d'un demi-ton.

 

 

Lecture Texte page 415

 

Platon a repris des enseignements pythagoriciens que les nombres auxquels se réduisent les lois de la nature sont la seule chose fixe et certaine dans le changement perpétuel de toutes choses.

 

Aussi est-ce aux nombres et aux proportions qu'il a recours pour expliquer le monde et l'âme du monde.

 

Le Nombre  porte partout l'ordre, la mesure et la beauté.

 

Avec son mélange divisé selon des lois mathématiques, le démiurge coupe sa composition en deux, dans le sens de la longueur, pour former deux bandes, qu'il croise l'une sur l'autre ; l'une de ces bandes est placée au-dedans, l'autre au-dehors. Il imprime au cercle extérieur le mouvement de la nature du Même (plan de l'équateur céleste) ,  au cercle intérieur, le mouvement de la nature de l'Autre.

Les sept planètes évoluent dans le cercle intérieur, dans la bande du Zodiaque. Plan de l'écliptique.

 

Les nombres 1,2,3,4,9,8 et 27 exprimeraient les distances des astres à la Terre, mesurées par rapport à la distance de la Lune à la Terre, prise pour unité. Ces distances seraient alors : Lune 1, Mercure 2, Vénus 3, Soleil 4, Mars 8, Jupiter 9, Saturne 27.

 

Le temps

 

Le démiurge s'efforce de rendre le monde éternel, dans la mesure du possible, et lui donne le temps, image mobile de l'immobile éternité.

 

C'est pour cela qu'il fait naître le Soleil, la lune et les 5 planètes.

Quand chacun des êtres qui devaient coopérer à la création du temps a été placé dans son orbite appropriée, ils se mirent à tourner dans l'orbite de l'Autre, qui est oblique (c'est l'écliptique), qui passe au travers de l'orbite du Même (l'équateur).

 

Et pour qu'il y ait une mesure claire de la lenteur et de la vitesse relatives avec laquelle ils opèrent leur 8 révolutions, le démiurge allume une lumière que nous appelons le Soleil. C'est ainsi que naissent le jour et la nuit.

 

 

Les quatre espèces d'êtres vivants mortels

 

La première espèce est la race céleste des dieux ; elle est composée par le démiurge à partir de feu, pour que les dieux soient brillants et beaux. C'est la seule race immortelle.

 

Il crée aussi des dieux subalternes qui seront chargés à leur tour de créer les autres espèces mortelles.

 

Les dieux subalternes mêlent mortel et immortel, le Même et l'Autre. Elles sont mortelles, avec une intelligence immortelle, une âme mixte et un corps mortel.

 

En prenant des parcelles d'éléments et en les mélangeant à de la substance du Même :

 

La race des hommes

La seconde, la race ailée (les oiseaux)

La 3ème, la race aquatique

La 4ème, la race des animaux terrestres.

 

La formation de l'homme :

 

. Ame divine (immortelle) dans la tête, façonnée par le Démiurge lui-même, puis isthme du cou

. Ame mortelle supérieure dans la poitrine, entre le diaphragme et le cou.

La meilleure partie de l'âme mortelle : Plus proche de la tête…

 

. La partie inférieure de l'âme mortelle : entre le diaphragme et le nombril.

 

Citation texte page 447-448

Les différents organes : les yeux (page 424) - ouïe (page 426) - foie et rate (page 450), les os ( page 452)

 

La circulation et la nutrition

Les sensations

Les saveurs, odeurs, sons, couleurs

La respiration

Les maladies du corps

 

 

Les maladies de l'âme

Deux sortes de maladies de l'âme : la folie et l'ignorance.

 

Comment conserver la santé ?

 

En gardant la proportion entre l'âme et le corps :

Quand l'âme est plus forte que le corps, elle le secoue et le remplit de maladies ; si le corps est plus fort que l'âme, il engendre dans l'âme l'ignorance.

Exercer le corps par la gymnastique et la marche

Exercer l'âme par la musique et la philosophie

 

Le devoir essentiel, c'est rendre la partie qui nous gouverne aussi belle et bonne que possible.

Veiller à ce que les mouvements de chaque âme (les trois parties de l'âme) soient proportionnés et donner à chacune la nourriture dont elle a besoin.

 

L'âme divine, en particulier, doit se nourrir des pensées de l'univers et des révolutions circulaires, afin de modeler et de corriger d'après elles, les pensées relatives au devenir.

 

Conclusion

 

Le Timée est un hymne à l'harmonie du monde, de l'homme et de la cité.

 

Note :

Les pages des textes cités correspondent à l’édition Garnier-Flammarion.