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Maison de la Philosophie

Les Lois

Conférence de Philippe Guitton

"Diogène demandait à Platon s'il avait bien écrit les Lois : "Mais alors, ajoutait-il qu'en est-il ? Tu as écrit aussi la République ? -Bien entendu. -Eh quoi ! La République est dépourvue de lois ? - Pas du tout. - Mais pourquoi alors te fallait-il encore écrire les Lois ?"  Stobée

 

Cette citation exprime le discrédit qui a touché pendant très longtemps ce texte, au profit de deux autres textes de Platon, beaucoup plus connus, la République et le Politique.

 

Ce texte des Lois est probablement le dernier des dialogues que Platon ait écrit et c'est son dialogue le plus long.

 

Pendant longtemps, on a pensé que le dialogue était inachevé et que Platon s'était éteint avant de l'avoir terminé. On a même pensé qu'il avait été complété par d'autres auteurs que Platon ….

 

Le style de ce dialogue étant peu critique ni dramatique, on a volontiers interprété ce texte comme celui d'un Platon vieilli, apaisé, serein et plus au fait de la réalité humaine, et donc moins idéaliste que dans ses dialogues antérieurs….  Il y exprimerait une certaine déception, voire amertume.

 

Aujourd'hui et depuis plusieurs années, il y a une entreprise de réhabilitation de ce texte. Il a été retraduit et plusieurs nouveaux commentaires ont été rédigés….

 

Selon Luc Brisson, les lacunes et les incohérences qui l'affectent ponctuellement n'enlèvent rien à la cohérence d'un ensemble dont tout concourt à attester que Platon en a commencé la rédaction bien des années avant sa mort.

 

Ambition doctrinale considérable et pas de quelqu'un d'amer…

Matériau d'une richesse extraordinaire, sans équivalent dans la littérature grecque ancienne et rigueur avec laquelle il est mis en ordre.

 

Le plan de l'œuvre est parfaitement arrêté. Les Lois ont un objet précis, elles obéissent à un plan rigoureux, elles ont un début et une fin. Constitué de douze livres.

 

C'est le premier ouvrage de philosophie politique de la tradition philosophique.

Réflexion sur l'éducation dont Rousseau et Montesquieu vont s'inspirer.

 

 

Les caractéristiques du dialogue

 

La scène se passe en Crète. Sont rassemblés trois personnages d'un âge avancé. Ils ont un long chemin à faire avant d'arriver à la grotte de Zeus où ils ont résolu de se rendre. Le premier prend la parole et demande :

 

"Est-ce à un dieu, étrangers, ou à un homme que vous attribuez l'ordonnancement de vos lois ?"

 

Le cadre, les protagonistes, les conditions du voyage, tout concourt à faire en sorte qu'un dialogue sur la politique et la question des lois s'imposent ….

 

Les Lois décrivent en effet la constitution fictive d'une cité excellente, seule susceptible de rassembler et de former des citoyens vertueux et heureux, qui doit être bientôt installée en Crète, à la faveur d'une colonisation.

 

Cette constitution est forgée en paroles par les trois interlocuteurs :

L'Etranger d'Athènes (ou Athénien), le crétois Clinias et Mégille, qui vient de Lacédémone.

Ils s'accordent pour faire de la législation le principe de la constitution de la cité, de ses institutions, de son régime politique, mais également de ses mœurs, des modes de vie et activités de ses citoyens.

 

L'objet du dialogue est donc extrêmement étendu, car la cité embrasse l'ensemble des activités humaines.

 

Les Lois renouent avec le projet global qui était celui de la République.
Ces deux ouvrages ont en effet pour point commun de s'interroger sur quelle serait la meilleure cité fictive et d'aborder dans ce cadre politique l'ensemble des questions qui, selon Platon, définissent en propre la réflexion philosophique.

 

Cette parenté a eu pour malheureux effet de minimiser l'originalité et l'apport de ce dialogue et de n'y voir qu'une grande illustration des principes expliqués dans la République.

D'où la boutade de Diogène …

 

Aujourd'hui, en fait, on voit dans les Lois une œuvre "relationnelle", autrement dit, une œuvre dont la signification politique est indissociablement liée aux relations qu'elle entretient avec les trois autres grands dialogues que sont : La République, le Politique et le Timée.

 

Trois modes d'interprétation des Lois :

. les Lois complètent de manière concrète, en rentrant dans le détail des éléments législatifs, des procédures, des crimes, de l'organisation matérielle et juridique de la cité ….

Ce qui était parfois lacunaire, imprécis ou général dans les autres ouvrages.

 

Les Lois ne se situent plus dans la perspective d'un philosophe-roi (modèle exemplaire d'une Cité théorique), ou d'un sage monarque …

 

Cette fois, la question de la philosophie et de la place du philosophe est marginale.

Elles accordent un rôle essentiel au lien social, au "bien vivre ensemble", à la meilleure manière de vivre ensemble, sinon celle du meilleur régime. (cf, l'étude des différents régimes aristocratie-timocratie - oligarchie-démocratie-tyrannie dans la République).

 

 

Ce qui fait qu'une cité est unie et homogène, que la bienveillance compense les différences entre les  hommes, nécessité d'une certaine diversité ethnique, inégalité maîtrisée des fortunes …

Sur la base des Lois, on pourrait écrire une "vie quotidienne dans la cité platonicienne", ce que ni la République, ni le Politique ne permettent de faire.

 

. Elles révisent certaines thèses politiques des ouvrages précédents.

 

Par exemple, le rôle de la loi. La loi donne des ordres, il faut donc déterminer à quelles conditions ces ordres obtiendront l'accord de ceux auxquels elles s'adressent. Dès lors surgit la nécessité de persuader les citoyens du bien-fondé de ce qu'on leur impose. L'art politique devient affaire de persuasion et ceci est pour Platon une innovation, y compris, semble-t-il par rapport à ses propres conceptions antérieures :

"Aucun législateur ne semble s'être avisé qu'en matière de législation, on dispose de deux méthodes, la persuasion et la contrainte."

 

 

Il déplace le problème du terrain théorique au terrain de son application concrète. Apparaît alors plus clairement la problématique de la liberté individuelle face à la loi. Rapports entre loi, persuasion et liberté ? La persuasion est-elle seulement rationnelle ou contient-elles des éléments affectifs ? Quels rapports entre persuasion et propagande mensongère ?

 

Un second élément est une formule célèbre pour parler de cette cité sur laquelle les Lois réfléchissent.

 

C'est la seconde meilleure cité à côté de celle de la République, et non après.

Celle de la République est de premier ordre, de l'ordre le plus élevé, c'est le modèle idéal d'une cité habitée par des dieux ou des enfants des dieux ; celle des Lois est une cité à visage humain, selon des procédures elles-mêmes plus humaines.

 

"Il faut envisager le point de vue humain, puisque c'est à des hommes que nous parlons, et non point à des dieux."

 

Modèle d'une cité possible.

 

. Elles réalisent ce qui n'était qu'un projet théorique dans la République.

 

Le cas des Lois est intéressant. Un des interlocuteurs est chargé réellement d'élaborer la constitution et les lois d'une colonie qui va être créée. A la différence de la République, les vieillards sont les fondateurs mais seront aussi les législateurs de la future cité.

 

Relation entre le législateur et le démiurge du Timée qui façonne la matière première.

Parallèle entre l'organisation de la cité et l'organisation du cosmos.

 

 

Les trois personnages

Trois vieillards se lancent dans une marche éprouvante en plein été (d'environ 40 km), en Crète, entre Héraklion et l'antre de Zeus, décidés à entreprendre la fondation d'une cité vertueuse. Ils ont une journée pour faire cette marche.

 

La caverne n'est pas au commencement, mais au bout du chemin ; l'on dialogue en pleine chaleur jusqu'à ce que vienne la nuit…..

Symétrie inverse de la République.

 

Personnages âgés, donc des hommes d'expérience

Le dialogue se déroule loin d'Athènes, d'où la nécessité de s'éloigner des institutions et mœurs athéniennes.

 

L'origine des trois personnages :

 

La justification du choix des 3 patries est donnée dès le début, lorsqu'ils se saluent mutuellement comme les citoyens de cités célèbres pour leur législation. Trois modèles ou types de régime qui se rencontrent :

 

. Athènes et le modèle de la démocratie athénienne (importance essentielle de la parole et d'une tradition orale)

 

. Crète : puissance grecque la plus ancienne, âge d'or révolu depuis un millénaire, patrie des rois Minos et Rhadamante. Système oligarchique. Origine mythique par Zeus père de Minos.

 

. Lacédémone (Sparte) : patrie à la constitution très célèbre, partage des terres, créée par le roi mythique Lycurgue. Origine mythique par Apollon.

 

Ces sont les trois législations les plus fameuses du monde grec.

 

 

Livre I

 

Les trois personnages sont d'accord sur le principe suivant : la meilleure constitution et la meilleure législation sont celles qui rendent entièrement vertueuse la cité tout entière. Le meilleur législateur sera donc celui qui, au  moyens des lois, rendra entièrement vertueuse la cité, c'est-à-dire s'appuiera sur la totalité des vertus et pas sur une seule.

 

Rappel des 4 vertus cardinales qui constituent la vertu tout entière :

Tempérance, courage, justice, sagesse ou pensée réfléchie.

 

Un examen rapide des exemples crétois et spartiate montre que ces deux cités ont privilégié une seule partie de la vertu (le courage) plutôt que toute la vertu, et qu'elles ont poursuivi la guerre plutôt que la paix. Et encore pas n'importe quelle guerre !

 

Il y a trois sortes de guerres :

. contre des puissances étrangères

. contre des éléments internes à sa société (guerre civile)

. contre soi-même afin de faire triompher ce qu'il y a de meilleur en lui.

 

Dans une guerre interne, l'essentiel n'est pas d'exterminer la partie adverse, mais au contraire de réconcilier les parties ennemies. C'est le rôle du législateur. L'organisation de la cité ne saurait donc être déterminée en fonction des guerres extérieures, critère qui ne produit jamais qu'un genre inférieur d'excellence.

 

Il est plus difficile de remporter un succès contre les ennemis de l'intérieur car il faut gagner le soutien de tous ses concitoyens.

Un tel succès nécessite du courage, mais aussi les autres vertus.

Voici la clé d'une bonne classification des lois.

 

Courage : il faut distinguer entre le courage qu 'on manifeste contre les ennemis extérieurs et celui plus mesuré dont on doit faire preuve dans les relations entre citoyens, au risque sinon de la guerre civile.

Le courage ne doit pas céder à l'agressivité ni à la violence, pas plus qu'il ne doit céder aux plaisirs intempestifs.

 

Tempérance : moyens de type pédagogiques à mettre en œuvre, et la loi qui les commande doit favoriser la maîtrise des plaisirs ; plaisirs communs parmi lesquels figurent les repas en commun, l'éducation par la gymnastique, et surtout les banquets, avec une certaine utilisation contrôlée de l'ivresse.

 

L'éducation : l'image des marionnettes

 

Eduquer, c'est exercer la jeunesse aux activités que la vie requiert, notamment grâce aux jeux. Mais en général, l'éducation est une formation orientée vers la vertu, pour pouvoir en citoyen accompli, avec justice obéir  et se faire obéir.

 

Cette définition s'explicite à travers l'image des marionnettes que nous sommes, mues tantôt par le fil des plaisirs, dur comme du fer, tantôt par le fil de la raison et de la loi, le seul qui soit d'or et sacré.

 

L'éducation à l'excellence  ; doit inspirer goût pour la vertu et le respect de la loi.

 

Lecture texte Folio page 128

 

Livre II

Ils poursuivent leur entretien sur l'éducation : permettre à l'homme d'exercer sa raison et de posséder des opinions vraies.

 

D'abord une maîtrise des affections, des plaisirs et des douleurs, et l'éducation "musicale", musique, poésie et chant, doit servir une telle maîtrise. Danse également.

Rôle essentiel de la musique pour développer le sens du rythme et de l'harmonie de l'âme.

Le chant et la danse ont une portée morale.

La musique est un langage qui exprime l'excellence de l'âme, comme la gymnastique exprime l'excellence du corps.

Musique chantée et déplacements corporels constituent l'art choral (choréia).

 

Livre III


Après avoir traité des finalités de la constitution, les interlocuteurs se demandent ce que furent l'origine et le développement historique des constitutions.

L'histoire des constitutions et des cités commence, après le déluge de Deucalion, par des formes de vie pastorale et patriarcale (au sommet des montagnes), puis vont se succéder un rassemblement des villages dans les plaines, puis de véritables cités.

Ensuite, histoire des trois monarchies doriennes dont Lacédémone.

 

Puis, examen de deux constitutions : monarchie et démocratie : l'empire despotique perse et la démocratie athénienne. Toutes deux condamnées par  l'histoire.

 

Livre IV

 

Les personnages installent fictivement la cité : ils lui donnent un lieu d'implantation, puis s'adressent aux colons qui sont appelés à en devenir les citoyens.

Une cité parfaitement ordonnée : évoque le souvenir de l'âge de Kronos, l'âge d'or, un gouvernement divin et parfait, avec des daimones comme rois et chefs.  Il faut viser une telle perfection. Le dieu est la mesure de toutes choses. Nous devons confier nos cités et nos affaires privées à ce qu'il y a en nous de divin, à savoir notre raison, et cet élément divin, à l'instar de Cronos, répartira le pouvoir entre différentes instances divines que nous appelons les lois. En tout état de cause, les lois doivent être souveraines, et viser l'intérêt général.

Et l'autorité suprême revient à celui qui leur obéit au lieu de les tourner à son profit.
D'une manière générale, le salut d'une cité n'est assuré que si les chefs sont les esclaves de la loi.  La loi est incontournable.

 

Toutefois, l'accomplissement des devoirs ne passe pas seulement par des articles de loi : le législateur aura recours à des préambules expliquant quel est le principe de la loi, et suscitant ainsi la bienveillance qui en favorise l'adoption.

 

Chaque  loi doit être précédée d'un préambule pour que la loi puisse être respectée par la contrainte, mais surtout et le plus souvent possible par la persuasion.

 

La persuasion : sa finalité est le bonheur des citoyens. De bonnes lois sont celles qui font le bonheur de ceux qu'elles régissent. Le bonheur dépend de l'éducation, paidéïa. Celle-ci articule les différents maillons de la chaîne qui va des affects à la raison, via la persuasion.

Verte entendue comme accord des affects avec la conception réfléchie qu'on peut avoir à l'âge de raison.

L'éducation établit une relation entre les affects et la raison qui tend à l'harmonie.

L'éducation est le thème principal des Lois.

Eduquer, c'est modeler l'âme. Persuader n'a de sens que si l'âme est modelable, et si une diversité minimale de choix, d'objets et d'opinions lui est offerte.

 

Sans liberté d'expression, sans liberté de pensée, il n'y aurait ni persuasion, ni démarche rationnelle, mais que la contrainte.

Permet aussi de comprendre comment et pourquoi sa propre liberté est limitée….

 

Livre V

La constitution doit avoir un préambule : vrai traité d'éthique : établir la supériorité de la vie vertueuse.

Installation spatiale : idéalement, la ville sera centrale, divisée en douze portions, chacune placée sous la protection de l'un des douze dieux, toutes égales sous le rapport du rendement de la terre, et dont la première, elle-même au centre, sera l'Acropole consacrée à Hestia, Zeus et Athéna.

Les mathématiques président à ces divisions, tout comme aux mesures et aux proportions qui se rencontrent dans la vie de tous les jours. Elles sont un principe d'ordre et d'harmonie.

Le nombre des futurs colons est précisé, et la répartition des propriétés, des lots, répartition en 4 classes de revenus distinctes.

 

Livre VI

Les magistratures et les lois.

 

Description des principales magistratures, de leurs missions

Principes du droit familial…

 

Livre VII

Education du citoyen de sa naissance à sa vieillesse, renouant avec les exigences éthiques du livre II.

Importance essentielle de l'art : musique, danse, arts lyriques, et théâtre.

 

Une éducation mathématisée et scientifique ; une éducation physique.

 

 

Livre VIII

Les fêtes et les célébrations religieuses

Entraînement guerrier et sportif

Les moeurs sexuelles

Organisation des activités productrices et commerciales

 

 

Livre IX

 

Peines et châtiments dus à la transgression des lois.

Sorte de code pénal :

Etude des délits les plus graves et des crimes.

 

Trois grandes rubriques : l'âme, le corps et les biens extérieurs dont l'homme fait usage.

 

Les crimes sont étudiés selon les dispositions psychiques, que le législateur et le juge doivent connaître et guérir.

La connaissance des mobiles, et notamment du caractère volontaire ou non des actes commis joue un rôle essentiel dans l'appréciation du châtiment.

Le châtiment est la guérison du criminel.

C'est toute la cité qui doit être guérie du crime.

 

Livre X

 

Examine les torts ou violences commis à l'égard des choses sacrées.

Ces délits sont de 2 ordres : soit ils concernent les propriétés sacrées, et notamment les temples, soit ils concernent la piété.

Loi contre l'impiété. Les différentes sortes d'impiété.

 

Les Lois donnent à la constitution son fondement religieux, c'est-à-dire cosmologique, en expliquant comment le monde est divinement ordonné par une âme, et comment la méconnaissance du rôle de la divinité est la menace la plus grave qui pèse sur la sauvegarde et sur l'excellence de la cité. Danger que représentent les athées ou les impies.

 

Livre XI

Les trois niveaux de délits :

Les crimes : atteinte contre les âmes

Coups et blessures : atteinte contre les corps

Atteintes contre les biens : propriété, échange de biens, commerce ….

 

Livre XII

 

Succession de questions pénales diverses : corruption des magistrats, impôts, funérailles …

 

Considérations sur le principe de la cité

L'intellect de la cité : sorte de noocratie :  noüs - kratos : le pouvoir à l'intellect.