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Maison de la Philosophie

Phèdre

Conférence de Brigitte Boudon

 

Les personnages : Socrate et Phèdre

Socrate rencontre Phèdre qui sort de chez son ami Lysias ravi d’un discours que l’orateur a composé sur l’amour. Socrate demande à entendre le discours et les deux amis vont s’étendre à l’ombre d’un platane, au bord de l’Illissos, pour en faire la lecture.

 

Trois parties dans le dialogue

 

1.  Le premier discours sur l’Amour

 

Le thème du discours est qu’il vaut mieux accorder ses faveurs à un poursuivant sans amour qu’à un amant.

Lysias développe plusieurs arguments : l’amour est une maladie de l’âme, l’amour est éphémère, la jalousie, l’amour nuit au perfectionnement moral…

 

Phèdre est rempli d‘admiration alors que Socrate ne trouve à louer que l’élégance de l’expression et il entreprend à son tour de traiter le sujet, sans craindre la comparaison avec Lysias.

 

D’abord Socrate définit l’amour, car toute discussion doit partir d’une définition exacte. Nous sommes gouvernés par deux principes : le désir instinctif du plaisir et le goût réfléchi du bien.

 

Quand le premier domine le second, c’est cela l’amour, qui s’exprime au détriment de la philosophie.

 

Inconvénients de l’amant = avantages de l’homme sans amour.

 

Là se passe un événement étrange : il entend la voix de son daïmon qui l’empêche de repartir et estimant qu’il a offensé Eros, il lui faut expier ce sacrilège et Socrate va offrir à Eros une palinodie, qui est le cœur du dialogue.

 

Une palinodie : du grec palin, de nouveau, et ôdê, chant, est un texte dans lequel on contredit ce que l'on avait affirmé auparavant.

 

Phèdre est enchanté d’entendre un nouveau discours.

 

2. La palinodie de Socrate

Non, il ne faut pas dédaigner un amant passionné, car il connaît une forme supérieure de délire. Le délire, maniké, quand il est envoyé par les dieux, procure les plus grands biens :

Aphrodite ou Eros : l’amour

 

Mais pour prouver que l’amour est le plus grand des biens, il faut d’abord déterminer la nature de l’âme humaine.

 

L’image de l’âme sous la forme d’un attelage ailé, composé d’un cocher et de deux chevaux.

L’attelage des dieux est facile à manier, celui des humaines plus difficile …

 

Chaque homme honore et imite dans sa vie le dieu dont il a suivi le cortège dans le ciel et se choisit un amour selon son caractère.

 

Chacun cherche l’âme sœur où il retrouve les attributs de son dieu. C’est par là que l’amour exerce une influence heureuse sur l’amant et sur l’aimé : l’amant, en proie à l’enthousiasme, se perfectionne sur son modèle divin et les émanations d’amour touchent l’aimé.

 

3. Le point de vue sur la rhétorique et la dialectique

La connaissance de la vérité n’est pas nécessaire à l’orateur, mais la vraisemblance suffit.

Socrate attaque les sophistes et défend les dialecticiens, ceux qui appliquent deux procédés : la définition et la division du sujet. Les dialecticiens sont les philosophes, connaître la nature des âmes auxquelles on s’adresse…

 

Eloge de la mémoire par rapport à l’écriture : dieu égyptien Theuth, inventeur de l’écriture.

Il y a un autre discours, celui qui vit dans l’âme de l’homme qui sait, qui se reproduit dans les autres âmes et propage ainsi éternellement la semence de la science. Préférer la parole vivante à la parole écrite.

 

 

Nous avons donc deux sujets distincts : l’amour et la rhétorique. C’est Le Banquet et le Gorgias réunis.

 

En fait, ces deux thèmes sont reliés : Quiconque a l’ambition d’être un grand orateur devra être un philosophe ( grandeur de Périclès). Il doit sentir en son cœur l’amour, principe des belles connaissances, qui s’élève des beautés terrestres jusqu’aux beautés véritables, jusqu’aux Idées.

Il consacrera sa vie à retrouver les vérités que son âme a entrevues jadis et dont elle a gardé l’éblouissement.

Il s’adonnera à la dialectique, recherche et discussion méthodique de la vérité, seul moyen que nous avons pour nous élever jusqu’aux Idées. Il sera alors l’orateur parfait.

 

L’unité du Phèdre : l’amour comme aiguillon de la recherche philosophique.

 

Le cœur de l’ouvrage est bien la palinodie, exposé poétique de la doctrine platonicienne concernant l’âme et l’origine de l’amour divin.

 

C'est un dialogue au style très charmant, qui se passe dans la Nature (c’est le seul), avec le chant des cigales, entre deux interlocuteurs qui s’apprécient. Dialogue sans doute assez tardif puisque la vision de l’immortalité de l’âme est assez développée (comme dans le Phédon) et évocation de l’Egypte. Donc postérieur au Banquet et à la République.

 

La tripartition de l’âme : l’attelage ailé

 

Texte page 141 - 145 (Editions Garnier-Flammarion)

 

Platon décompose l’âme en trois parties : ce qui est proprement divin ou la raison (Noüs), la partie noble ou le courage (Tumos) et la partie inférieure, les désirs ou les appétits (Epitumia).

 

Schéma :

le noüs, l’esprit, dont le siège corporel est dans la tête, partie rationnelle de l’âme

le tumos, le cœur dont le siège est la poitrine, passions nobles comme le courage, l’honneur

l’epitumia, les passions, dont le siège est dans le ventre, cause des appétits et des pulsions

 

Cette tripartition de l’âme en raison, courage et appétits est exposée par Platon dans la belle image de l’attelage ailé :

la raison correspond au conducteur du char,

le courage au cheval obéissant

les appétits au cheval rétif.

 

Si la sagesse et le courage sont des vertus qui s’appliquent respectivement aux deux parties supérieures de l’âme, les deux autres vertus prônées par Platon, la modération et la justice sont des vertus de l’âme tout entière :

 

la modération tempère chaque partie ;

la justice institue un ordre et permet à chacune d’être à sa place et de jouer son juste rôle.

 

Ces quatre vertus sont appelées encore aujourd’hui les vertus cardinales.

 

L’originalité de Platon est d’avoir insisté sur le rôle médiateur de l’âme (grâce à sa triple nature), Psyché se situe entre Noüs et Soma, entre l’esprit et le corps.

 

L’âme peut atteindre l’équilibre harmonieux, pourvu que le désir se soumette au courage et celui-ci à la raison. Elle joue alors parfaitement son rôle de médiatrice, et les trois mondes sont alors parfaitement reliés.

 

Texte page 159 – 160 : Les cigales

 

Texte page 191 : Le mythe de Theuth

 

Note :

Les pages des textes cités correspondent à l’édition Garnier-Flammarion