Soumission ou obéissance ?

Délia Steinberg Guzman

 

Que veut dire obéir ? L’obéissance est-elle en rapport avec la soumission ou est-elle au contraire une relation de liberté, dans laquelle apparaît un lien entre celui qui enseigne et celui qui apprend ?

 

L’obéissance est en relation directe avec l’éducation. Le maître, celui qui possède le savoir dans une discipline quelconque, peut délivrer son enseignement en faisant croître son disciple. Et celui qui veut se former dans une quelconque discipline doit apprendre. La relation d’éducation et d’apprentissage qui unit le maître et le disciple est une relation d’obéissance. Qui veut apprendre, qui veut avoir la même connaissance que son maître, obéit. Le maître ne commande pas : il instruit et il forme.

 

Une véritable impulsion de l’âme

L'aspirant artiste écoute et obéit au maître qui lui transmet les lois de son art. L’aspirant scientifique prête attention à ce que lui dicte le savant concernant les lois de la nature. De la même façon, celui qui aspire à la sagesse écoute le philosophe, obéit à celui qui met à sa portée les connaissances qui ont ouvert les portes de l'action juste à tant de sages dans la longue histoire de l'humanité. En bref : s'il n'y a pas impulsion de l'âme, il ne peut y avoir de véritable obéissance.

 

L’obéissance n’est pas la soumission

Ne confondons pas la vulgaire soumission de celui qui, incapable de décider par lui-même, préfère que d'autres le fassent pour lui. Il peut sembler une personne obéissante mais en réalité il est faible. Son obéissance n'est pas fertile parce qu’elle ne le fait pas évoluer.

 

Ne confondons pas non plus le vulgaire cri d’exigence avec la voix du maître. Nombreux sont les sans-gêne à la recherche de personnes impuissantes qui les flattent constamment et répondent à tous leurs caprices. Ce commandement apparent n'est pas non plus fertile, parce qu'il ne produit que des ombres de celui qui commande, et non des êtres capables d'exercer jour après jour leur propre liberté.

Pour qu'il y ait obéissance, il faut quelqu’un qui sache parler et quelqu’un qui sache écouter, quelqu’un qui sache enseigner et quelqu’un qui sache apprendre. Il faut que naisse ce lien indélébile qui unit des chaînons tout au long du temps, qui laisse couler les connaissances à travers les générations.

 

Ce texte est extrait de Philosophie à vivre, Délia Steinberg Guzman, Éditions des 3 monts, 2002